Bâtir un château : les meilleurs sites d’implantation

Dans l’imaginaire, le château fort est perché en haut d’une colline, ou mieux, d’une montagne. Dans la réalité, l’altitude n’est pas un critère déterminant. Pour le comprendre, mettons-nous dans les bottes d’un bâtisseur du Moyen Âge.

Mes félicitations ! Vous êtes promu(e) ingénieur(e) militaire. Votre mission : trouver le site idéal où construire votre château fort. Vous ne vous sentez pas à la hauteur ? Ne craignez rien : je vous souffle quelques conseils. Déjà, comprenez deux choses : parfois, les préoccupations défensives n’entrent pas prioritairement en ligne de compte. Deuxièmement, un site naturel apparemment exposé peut se révéler inexpugnable.

Les défauts d’un site perché

Votre premier réflexe sera probablement d’installer votre forteresse sur une montagne. Un site si élevé que les assiégeants, alourdis par leur armure, s’épuiseront à le grimper. Un site si haut qu’un nuage de poussière provoqué par l’irruption d’une cavalerie ne vous échappera pas à une dizaine de kilomètres à la ronde.

Bref, des nids d’aigle comme les châteaux dits « cathares » dont j’avais parlé en mal dans un précédent article.

Vous n’exercez peut-être pas dans les Alpes, le Massif central ou une autre région montagneuse. Qu’importe. Il est inutile de rechercher des records de hauteur. Il suffit de pentes si abruptes que l’assiégeant et ses machines ne peuvent s’approcher des murs.  

Château de Rochemaure
Le château de Rochemaure (Ardèche) est construit sur un dyke, une formation volcanique, qui domine la vallée du Rhône. (Michiel1972/Wikimedia commons)

Soyez néanmoins conscient(e) des difficultés d’un tel site. Donne-t-il accès à l’eau potable ? Non ? Dans ce cas, les assaillants n’auront même pas à vous attaquer ; ils cerneront la forteresse et attendront patiemment votre mort de soif. Autre problème, le seigneur et sa famille supporteront-ils de vivre à l’année sur ce piton isolé et balayé par les vents ? Surtout quand on n’a pas Netflix.

Les sites favoris

Écoutez la conclusion de l’historien Nicolas Mengus : « le château est fait pour être vu de loin ». Autrement dit, ne vous attachez pas à rendre inaccessible la résidence seigneuriale. L’important est la visibilité. Il s’agit surtout pour votre maître de montrer qu’il est le patron ici. Au-delà de nécessités défensives, le château fort doit marquer dans le paysage et la pierre la domination de cet homme sur la terre et les hommes environnants.

En conséquence, plus qu’un site inhospitalier, choisissez un site immanquable. La géographie en offre partout en Europe : des promontoires, des éperons, des bords de falaise. Devant tant de possibilités, interrogez les paysans. Ils vous indiqueront du doigt un lieu déjà fortifié par les Gaulois ou les hommes préhistoriques. Faites confiance à la sagesse des Anciens.

Château d'Arques la Bataille
Le château fort d’Arques-la-Bataille (Seine-Maritime) épouse la forme allongée d’un éperon.

C’est encore mieux si, de votre éminence, vous contrôlez une route, un gué, ou un pont. Votre maître sera ravi d’y percevoir un péage.

L’historien Gabriel Fournier le souligne : « La présence d’un relief facile à défendre n’a pas toujours été déterminante dans le choix d’un site et d’autres considérations d’ordre militaire, mais également d’ordre politique, économique ou social, ont pu intervenir pour donner la préférence à un emplacement plutôt qu’à un autre ».

Prenez par exemple le château de Caen. Il est bâti sur le rebord d’un plateau calcaire. En creusant les fossés dans la roche, les bâtisseurs ont récupéré le matériau nécessaire à l’édification des remparts. Cet avantage économique se double d’une qualité militaire : le sous-sol est si dur qu’il décourage toutes tentatives de sape. Autrement dit, les assiégeants renonçaient à creuser des galeries sous les murs dans l’espoir de les faire chuter.

Château en plaine : une erreur stratégique ?

Mais vous n’avez pas toujours le choix. Le pouvoir de votre seigneur s’étend peut-être dans une zone désespérément plate ou une vallée. Ne perdez pas espoir. Utilisez l’eau ! L’eau gêne les assauts. Les châteaux de Suscinio (Morbihan) ou de Blanquefort (Gironde) tirent leur avantage d’une situation au sein de marais. Gare aux moustiques cependant. Plus largement, détournez une rivière et noyez les fossés creusés au pied de la forteresse. Elle sera difficile à prendre.

château d'Ainay-le-Viel
Bien que bâti en plaine, le château d’Ainay-le-Vieil (Cher) tient pendant la guerre de Cent Ans. Surnommé le Petit Carcassonne, il doit en partie son invulnérabilité à ses douves (Daniel Jolivet/Flickr, licence CC)

Votre talent d’ingénieur se manifeste enfin par votre capacité à vous affranchir des contraintes topographiques. Si vous bâtissez sur une morne plaine ou un plateau, vous donnerez de la hauteur à votre construction en élevant d’abord un tertre — ce sont les fameux châteaux à motte. Si votre science militaire et vos moyens sont plus élevés, vous multiplierez les grosses tours percées d’archères. Ce type de défense impressionnera peut-être plus votre ennemi qu’une place forte haut perchée. Il y regardera à deux fois avant de tenter un assaut.

Vous venez de chausser quelques minutes les bottes d’un ingénieur militaire du Moyen Âge. Je compte désormais sur votre vigilance : lorsque vous visiterez un château, vous prendrez un peu de temps pour étudier son site. Occupe-t-il un site de hauteur ? De quel type ? Recoure-il à l’eau ? Est-il éloigné du village ou de la ville ? Bonne visite !

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19 Responses

  1. RINGENBACH dit :

    si l’on prend l’exemple du nord-ouest du département de la Moselle , les châteaux forts ou demeures fortes sont construits tout simplement sur d’ancien sites gallo-romains . Les éperons barrés antérieurs n’ont pas été réoccupés . Beaucoup ont été construits pour contrôler l’activité locale sidérurgique ou les vignobles . D’ailleurs peu ont résisté à la guerre de 30 ans et ont disparu

  2. Yulia Sorokopud dit :

    En Alsace, on trouve les châteaux forts quasiment à chaque pas dans les Vosges; parmi eux le Freundstein, au pied du Grand Ballon est le plus haut, à 948 m, le Guirbaden est le plus grand puisqu’il s’étend sur 2 hectares. La majorité des châteaux a été démantelée sur ordre de Louis XIV, les autres sont détruits par le temps mais les ruines restent très impressionnantes.

    • Laurent Ridel dit :

      Après la Moselle, au tour de l’Alsace. Le NE de la France en force !

      • chantal PESTRE dit :

        bonjour Laurent effectivement vives réactions de nos amis du Grand Est et ils ont raisons de se manifester (ça sent le complot! RIRES). Je ne connais pas hélas la MOSELLE, par contre l’ALSACE et les VOSGES OUI. Il y a un nombre impressionnant de châteaux forts c’est vrai, mais quel dommage que la plupart ne soient plus que ruines…C’est une tragédie, car à l’époque ils ont dû être impressionnants, heureusement il reste le HAUT KOENIGSBURG pour se donner une idée du gigantisme, et quel panorama!! Les VOSGES avec le Mont Saint Odile et son mur « païen » une curiosité aussi, triste que cet endroit soit surtout connu pour sa catastrophe aérienne dans laquelle de nombreux lyonnais ont perdu la vie, car c’était un déplacement professionnel de cadres de l’une de nos grandes entreprises que je ne nommerai pas par discrétion. Pour en revenir aux châteaux, je suis constamment étonnée qu’après la guerre de Cent Ans, le Baron des Adrets lors des guerres de religions, les représailles de Richelieu et la Révolution il nous en reste encore autant et là à l’échelon NATIONAL…Raison de plus pour veiller et faire revivre « les survivants » et essayer surtout de donner envie aux amoureux du patrimoine d’aller les visiter!! j’adore ce blog avec ses échanges divers et variés qui reflète bien un nombre de passionnés très positif. J’espère continuer le chemin avec vous tous et toutes encore longtemps. Cordialement Chantal PESTRE (69)

        • Laurent Ridel dit :

          Même une Lyonnaise comme vous y va de son commentaire sur l’Alsace et les Vosges. Complot probable de l’office de tourisme du Grand Est 🙂

  3. EPLE Véronique dit :

    Votre article sur les châteaux-forts est intéressant mais aucune mention sur la Moselle et l’Alsace qui pourtant valent le détour car les ruines romanes pour certaines des châteaux-forts qui s’y trouvent sont passionnantes à plus d’un titre notamment le Falkenstein, se trouvant dans le Pays de Bitche en Moselle qui recèle les vestiges des bases ayant servi de support aux treuils acheminant les vivres et autres denrées à la plateforme où se situait le logis seigneurial.
    Je vous invite à venir dans notre belle région du Grand Est découvrir ces merveilles !
    Cordialement

    • Laurent Ridel dit :

      Je vais finir par croire qu’un groupe mosellan-alsacien investit les commentaires 🙂
      Je suis triste que vous n’ayez pas noté la citation de Nicolas Mengus, historien alsacien 🙁

  4. Bardon dit :

    3 chateaux dans mon petit village de l’Allier…14 ième et 15 siècles. Aucune route stratégique à proximité. Aucune ville.Au moins l’un d’entre eux avait un donjon assez spectaculaire parait t-il…je me pose la question: qui etaient les hommes qui gardaient ou defendaient ces chateaux ? des hommes d’armes? des paysans levés à la hâte ?

    • Laurent Ridel dit :

      Oui, dans beaucoup de communes, la densité de château-fort est telle qu’il y en a plusieurs. ça ne veut pas dire qu’ils fonctionnaient tous en même temps mais c’est possible. Dans une paroisse, il y avait autant de châteaux/manoirs que de seigneurs. La proximité d’une ville ou d’une voie de communication n’était donc pas déterminante. Il fallait surtout une seigneurie. Des hommes d’armes, comme vous dites, gardaient et défendaient le château. Quelques jours par an, lors des corvées, les paysans devaient faire le guet.

  5. Gilbert LAMBELET dit :

    Bravo! Votre article est très intéressant, comme à l’accoutumée!
    Merci!

  6. dugardin francis dit :

    Bonjour Laurent,
    ai-je commis une erreur de frappe et effacé par inadvertance le message hebdo de la semaine précédente? Je n’ai pas reçu le message après la visite de la cathédrale de Lisieux avec les commentaires des lecteurs.
    Peux-tu me renvoyer ou m’envoyer le mail de la semaine dernière, s’il te plait?.

  7. Houard dit :

    Article très intéressant , pensionné depuis cinq ans j’ai suivi une petite formation de tailles et finitions de la pierre bleue , le petit granit comme on l’appelle en Belgique. Je récupère des morceaux de blocs sciés pour bientôt débuter de petits projets dont la réalisation du blason familial remontant au XII ème siècle. Vos articles , communications , sont enrichissantes pour les personnes attirées par l’histoire et le travail de la pierre, les deux allant toujours de pair. Merci

  8. Bonjour Laurent.
    J’ai bien aimé votre article avec plein de remarques intéressantes.
    Je galère actuellement pour écrire un article – je n’y suis pas habitué – dans une revue locale sur un site ou j’ai fouillé comme bénévole de 1975 à 1991 plus un sondage en 2014.
    Site avec une évolution, châteaux forts sur un éperon barré à Châtel Saint-Germain (57). Encore en Moselle !
    Bonne continuation, Patrick.

    • Laurent Ridel dit :

      Ah ! la propagande du Grand-Est continue. Elle avait recommencé hier quand j’ai rencontré une abonnée qui m’a vanté l’église de Munster… en Moselle. Bon courage pour l’article. Même pour moi, qui ait l’habitude d’écrire, ce n’est jamais facile.

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