Les châteaux peuvent-ils se passer de douves ? (VIDEO)

Pour un château fort, être entouré de douves est un avantage défensif. Le problème est de trouver une source d’alimentation régulière en eau pour ennoyer les fossés. Or, les châtelains doivent s’accommoder à des conditions géographiques plus ou moins favorables.

Transcription de la vidéo

Qu’on s’entende bien sur la différence douve-fossé. Les fossés sont des tranchées construits autour du château ou d’une partie du château. À partir du moment où vous mettez de l’eau dans ces tranchées, elles deviennent des douves.

Y a-t-il des douves autour de tous les châteaux ? Je réponds : non ! Cela tient à des questions de topographie ou de climat. Allez entourer d’eau un château bâti sur une colline ou une montagne. Ce n’est pas possible. D’ailleurs est-ce un problème ? La pente de la colline ou de la montagne assurera de toute façon une certaine protection de la forteresse contre un assaut. Ensuite vous comprenez bien que dans des régions sèches ou à pluviométrie très saisonnière, la solution des douves est inenvisageable. Pour dire les choses autrement, vous avez beaucoup plus de chances de trouver un château à douves en Bretagne que dans l’arrière-pays provençal. Aujourd’hui, vous déplorez qu’il pleuve. Au Moyen Âge, des pluies abondantes font le bonheur des châtelains.

Attention, n’en tirez pas comme conclusion que les fossés sont alimentés en eau simplement par l’eau qui tombe du ciel. Il faut une source d’approvisionnement plus régulière. Le mieux pour un châtelain est d’habiter au bord de la mer. Eau garantie toute l’année, qu’importe si l’année est sèche. Gare toutefois à la marée basse. Si l’îlot fortifié du Mont-Saint-Michel n’a jamais été pris par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, le mérite en revient notamment à la Manche qui envahissait 2 fois par jour la baie.

Pour les châteaux de l’arrière-pays, à défaut de mer, une rivière alimente de préférence les douves. N’imaginez pas un cours d’eau qui passe au pied de la forteresse. Les rivières n’ont généralement pas suffisamment de fonds pour être un obstacle aux attaquants. C’est plutôt un canal partant de la rivière qui alimente les douves.

Enfin, vous avez les châtelains qui vivent loin d’un cours d’eau ou près d’un trop modeste ruisseau. Un dernier recours pour eux : l’étang. Le seigneur aménage un étang en amont. Étang qui servira de réservoir pour les douves. Et qui servira aussi pour la pisciculture. On pêche dans l’étang, on pêche aussi dans les douves, notamment quand un siège s’éternise et que les vivres des défenseurs commencent à manquer.

Les douves, ça peut donc vous nourrir, mais c’est surtout un avantage défensif. Plus que le fossé, les assaillants peineront à combler une douve. Du coup, ils ne pourront pas s’approcher des murs du château, poser des échelles pour un assaut. L’eau gênera aussi les attaquants dans leur tentative de mine, c’est-à-dire de creuser les fondations des murs dans l’espoir d’un éboulement. Faute de moyen sous-marin, l’opération est impossible. Bref, la douve garde à distance les ennemis.

Faut-il uniquement voir les douves sous un angle militaire ? Pour le châtelain, la douve peut être une sorte d’écrin. Voici le château du Plessis-Bourré. Les douves sont larges de près de 50 m, mais son commanditaire Jean Bourré, loin de s’inquiéter de l’approche d’éventuels ennemis, ne prenait-il pas plaisir à voir sa belle demeure se refléter sur l’eau ? Ne négligez pas le rôle esthétique des douves. Quand François 1er construit Chambord, le roi fait creuser des douves autour. Pourtant ce n’est pas un château fort, mais un château de plaisance, donc un édifice qui n’a pas besoin de défense.

Aujourd’hui, je répondais donc à une question sur les châteaux forts, mais vous pouvez aussi m’en poser une sur les églises, les cathédrales, les abbayes… C’est le rôle de cette nouvelle chaîne YouTube : vous aider à déchiffrer le patrimoine emblématique du Moyen Âge. Contribuez à faire connaître en partageant cette vidéo, ou plus simplement attribuez un pouce bleu ou laissez un commentaire. Ce genre de petite attention fera comprendre à YouTube que c’est une vidéo intéressante. Elle sera donc plus visible sur leur site. A très vite.

Photo : Château de Trécasson. Tsaag Valren sur Wikimédia Commons

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5 Responses

  1. Flore dit :

    Merci pour la réponse! 🙂

    Je reviens tout de même sur les fossés : est-ce qu’ils restaient vides?
    Il me semble que c’est à Guédelon que j’ai entendu dire qu’ils étaient remplis de pièges et d’arbustes épineux…

    Bravo pour le travail de vidéo! 🙂

  2. Laeremans dit :

    Très intéressant et de très bons exemples, pour info mon château avait des douves de 60 mètres et alimentées par deux sources naturelles. Continuez comme ça, Laurent

  3. Françoise dit :

    Très intéressant.
    Mais le fait d’avoir de l’eau directement au pied des murailles ne risquait-il pas de fragiliser la construction ?

    • Laurent Ridel dit :

      Probablement, l’humidité peut fragiliser les soubassements. Deux solutions alors : parementer le fossé de la douve ou ne pas creuser le fossé immédiatement et verticalement à l’aplomb des murs. Bon courage pour votre blog 😉

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