Toutes les églises qui portent fièrement le nom de cathédrale n’ont pas toujours la fonction qui va avec — et certaines l’ont perdu sans qu’on le sache vraiment. Un petit guide pour s’y retrouver dans cette famille aux contours plus subtils qu’il n’y paraît.
Il y a quelque temps, je fus surpris par le débat que provoqua la publication sur Facebook d’une photo de la cathédrale d’Auxerre. Quelques uns reprochait à l’auteur de qualifier l’église de « cathédrale » alors qu’elle ne l’était plus. D’autres contestaient cette idée, renvoyant notamment vers le site du diocèse, qui désignait Saint-Étienne d’Auxerre comme cathédrale.

Qui a raison ?
En fait la famille des cathédrales est plus diverse qu’on ne le pense. Et surtout pas si claire. Mathieu Lours, dans son livre La grâce des cathédrales, différencie 5 cas de figure : les cathédrales effectives, les anciennes cathédrales, les cathédrales disparues, les co-cathédrales et les pro-cathédrales. J’ai même rencontré une catégorie supplémentaire encore plus méconnue.
Les cathédrales effectives
Elles respectent la définition stricte d’une cathédrale : « Église mère d’un diocèse, celle dans laquelle se trouve le siège ou trône de l’évêque (en grec cathedra) ».
La France en compte exactement 100 parmi lesquelles Notre-Dame de Paris, Saint-Étienne de Toulouse, Notre-Dame de Grenoble et Notre-Dame-de-la-Treille à Lille.
N’oublions pas dans cette liste l’outre-mer : la Guyane et les îles Marquises ont leur cathédrale ! Bien sûr, ne vous attendez pas là bas à des monuments d’architecture gothique. Quoique…

Les anciennes cathédrales
Elles furent un temps cathédrales avant que l’évêque déménage ailleurs ou que le siège du diocèse soit transféré dans une autre ville.
La Révolution fut décisive dans ces mouvements puisque la Constitution civile du clergé réduisit le nombre de diocèses de 130 à environ 83, en les calquant sur la carte des départements. Ainsi les cathédrales de Vienne (Isère), de Lisieux (Calvados), de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) ou d’Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques) devinrent de simples églises paroissiales. Ces déclassements ont pu intervenir plus tôt : au XVIe siècle, l’évêque de Maguelone (Hérault) transfère définitivement son siège dans la ville voisine de Montpellier, moins isolée et devenue beaucoup plus importante.

Les cathédrales en ruine ou disparues
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les cathédrales ne sont pas des monuments éternels.
Ainsi en 1553, Thérouanne (Pas-de-Calais) paie au prix cher la guerre entre Charles Quint et le roi de France Henri II. Après deux mois de siège, l’empereur prend la ville puis donne l’ordre de son « démolissement » (dont ses monuments religieux) « jusques aux fondements ». Pendant la Révolution et l’Empire, sept cathédrales sont rasées dont celles d’Arras ou de Cambrai. Déjà à cette époque, les cathédrales d’Alet (Aude), de Maillezais (Vendée), de Sagone en Corse ou de Cimiez, près de Nice, n’étaient plus que des ruines.
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Les cocathédrales
« Ce sont des églises dans lesquelles, sans qu’elles soient le siège officiel du diocèse, se trouve une cathèdre », explique Mathieu Lours.
Ainsi, dans le diocèse de Belley-Ars (Ain), le siège épiscopal est à Belley mais l’évêque réside à Bourg-en-Bresse et donc officie habituellement dans la principale église de la ville, la collégiale Notre-Dame du Bourg, élevée par conséquent au rang de cocathédrale en 1992. À l’inverse, en 1958 l’évêque de Fréjus s’installe à Toulon, en fait son siège principal mais laisse une cathèdre à Fréjus, faisant d’elle une cocathédrale.

Pour compliquer l’affaire, vous lirez les variantes orthographiques « co-cathédrale » ou « concathédrale ».
Les pro-cathédrales
Non, il n’y a pas d’un côté les pro-cathédrales et de l’autre les anti- ! « Il s’agit d’églises qui tiennent provisoirement le rôle de cathédrale, pendant que la cathédrale est en travaux ou inutilisable à la suite d’un désastre », corrige Mathieu Lours.
Le statut est donc précaire. À ma connaissance, aucune n’est aujourd’hui dans cette situation en France. L’église Saint-Pierre d’Annecy l’a été quand l’évêque de Genève et son chapitre de chanoines s’y sont établis, chassés par la Réforme au XVIe siècle. Depuis 1822, l’église est cependant une cathédrale « normale » après l’élévation d’Annecy au rang de chef-lieu de diocèse.
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Les primatiales
Vous commencez peut-être à être perdu ? Désolé, j’en ajoute une couche : les primatiales. Ce sont assurément des cathédrales mais avec une certaine prééminence. Y siège un archevêque ou un évêque bénéficiant du titre de primat. Ce titre est honorifique de nos jours. Arles et Lyon se disputent le titre de primatiale des Gaules. Rouen se revendique primatiale de Normandie et Nancy de Lorraine.

Et Auxerre ? Est-elle une vraie cathédrale ? Son diocèse fut supprimé en 1790 et absorbé dans l’archevêché de Sens. Dès lors, il faut ranger Saint-Étienne d’Auxerre parmi les anciennes cathédrales. Cependant un abonné, Henry, m’a signalé que l’archevêque de Sens réside et office plutôt à Auxerre. Ce qui fait que de Saint-Étienne une cocathédrale à mon sens.
Cependant l’Église n’est pas si rigoureuse. Elle continue de reconnaître la « dignité » de cathédrale à ces églises qui n’en sont plus d’un point de vue administratif. Et les habitants lui emboîtent le pas. Donc, vous avez le droit de dire « cathédrale d’Auxerre » sans subir les foudres d’Internautes sur Facebook.
Si vous avez un doute sur une cathédrale, dites-le moi en commentaire. Je vous répondrai.




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