Les vitraux sont-ils peints ou colorés ?

D’où vient la couleur des vitraux ? Selon certains, les verres seraient colorés ; selon d’autres, les vitraux seraient peints. Qui a raison ? Pour le savoir, il suffit de comprendre leur fabrication.

saintes en prière
Saintes en prière. Vitrail de la cathédrale de Coutances (XVe siècle)

Le verre coloré ou incolore des vitraux

La première étape, vous vous en doutez, c’est la fabrication du verre. Je rappelle qu’au Moyen Âge, deux ingrédients sont nécessaires pour créer du verre :

  • de la silice (autrement dit du sable)
  • de la potasse (qu’on trouve dans les cendres végétales).

Mais les verriers ajoutent parfois un dernier ingrédient : un colorant. Pas ceux que vous trouvez dans les plats cuisinés industriels comme le E160. Non, les artisans vont utiliser des colorants qui aiment les hautes températures : les oxydes métalliques. Au moment de la fusion du verre à 1200°, ils sont mis dans le four : du cuivre pour verdir le verre, du cobalt pour le bleuir, du manganèse pour le violetter (?), disons pour le rendre violet… Grâce à ce procédé, on obtient un verre coloré de l’intérieur. Les professionnels disent “un verre teinté dans la masse”.

Il suffit de ne mettre aucun oxyde pour que le verrier obtienne du verre incolore. 

Deuxième étape de fabrication : la touche du peintre

Le verre passe ensuite entre les mains des peintres-verriers. Pas de surprise : ces artisans vont peindre le verre. Une étape indispensable pour dessiner des yeux, une bouche, des cheveux ou le drapé d’un vêtement ou encore des motifs végétaux… Pendant une bonne partie du Moyen Âge, les maîtres-verriers n’utilisent qu’une seule matière pour cette tâche : la grisaille. Malgré son nom, cette pâte peut, selon le dosage, aller du noir au brun. Diluée, elle sert aussi à modeler les ombres. Une fois le dessin terminé, le verre passe au four pour que la grisaille s’imprime sur son support.

Longtemps, seule la grisaille est utilisée pour cette phase de peinture. Puis, au fil des innovations techniques, les verriers vont trouver d’autres matières, et donc d’autres couleurs, qui s’accrochent bien au verre à la cuisson tout en étant translucides. Vers 1300, est notamment inventé le jaune d’argent (à base de sels d’argent, comme sur les anciennes pellicules photo). Grâce à lui, les artistes vont pouvoir peindre des barbes et des cheveux blonds, des rehauts d’or… Puis au XVe siècle, apparaissent les émaux. Bientôt, c’est toute la palette de l’arc-en-ciel qu’il est possible de peindre sur le verre. 

Bref les vitraux sont à la fois peints et colorés.

Un peintre de vitrail n’est pas un peintre de salon

Toutefois, les verriers n’abusent généralement pas de la peinture multicolore. Ils se contentent de verres teintés dans la masse et ajoutent des coups de pinceau à base principalement de grisaille. Parce que sinon, ce n’est plus vraiment du vitrail, c’est de la peinture de chevalet. On barbouille les verres comme si c’était une toile. Or, un vitrail de qualité doit principalement sa vibrance, non pas aux peintures qu’on a appliquées dessus, mais à la lumière qui traverse le verre coloré.

Par ailleurs, le montage des verres peut être une autre preuve de haute maîtrise, comme je l’expliquais dans ce précédent article.

Dans les églises, des vitraux sont parfois à hauteur d’hommes. Profitez-en pour observer les coups de pinceau à la grisaille sur les visages et les vêtements. Exercez votre regard avec l’image ci-dessous.

Vitrail de l'église sainte-Foy de Conches
Détail d’un vitrail représentant une donatrice. Remarquez la grisaille pour dessiner les plis du vêtement, les passements poilus de la manche et les motifs des tentures à l’arrière-plan. Église Sainte-Foy de Conches (XVIe siècle)
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1 Response

  1. Laeremans dit :

    Chouette article comme d’habitude

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