Visiter un monastère : les 6 clés de lecture

Bienvenue à nouveau sur le site "Décoder les églises et les châteaux" ! Comme ce n'est pas la 1ère fois que vous venez ici, je pense que mon guide "Reconnaître les styles des églises" vous sera utile. Un compagnon précieux pour vos prochaines visites touristiques. Cliquez ici pour télécharger ce document gratuitement !

Envie de mêler histoire, patrimoine et tranquillité ? Le monastère vous tend les bras. Voici quelques repères et conseils qui faciliteront et stimuleront votre visite.

abbaye de Conques
Abbaye bénédictine de Conques (Aveyron). Noyé dans la forêt, son site est isolé et assez inhospitalier mais dépaysement assuré (Jean-Pol Grandmont – Wikimedia Commons)

En majorité abandonnés, les monastères sont des sites mystérieux. On ne sait pas bien qui y habitaient et comment ils fonctionnaient. Pour partir sur une bonne base, commençons par bien les définir : le monastère est un établissement où vivent, en communauté, des religieux ou des religieuses. Ce n’est ni un couvent, ni obligatoirement une abbaye.

Ces religieux sont en général des moines (ou des moniales), mais ne soyez pas étonné que certains établissements accueillent aussi des chanoines ou des chanoinesses. Ces derniers sont moins cloîtrés.

Dans un monastère, la vie communautaire nécessite divers bâtiments. L’église est donc accompagnée de réfectoire, de dortoir, de cellier… Tout ce petit monde de religieux et de religieuses se réunit dans un but principal : l’opus dei. C’est-à-dire servir Dieu.

Clé 1 : distinguer les bénédictins, les cisterciens, les prémontrés…

Pour servir Dieu, chacun sa manière. Des moines passeront leur journée à chanter les louanges de Dieu, d’autres choisiront de mener une vie ascétique à l’imitation du Christ, certains se battront en son nom.

Tout dépend de l’ordre auquel appartient le monastère : bénédictin, cistercien, trappiste, chartreux, grandmontain, prémontré, templier… Le monde du monachisme est aussi foisonnant que les listes de candidats aux élections européennes.

Moines célébrant une messe des morts.
Moines célébrant une messe mortuaire. Livre d’heures de René d’Anjou, XVe siècle, British library

Taillons dans cette jungle. Environ 80 % des monastères relèvent de l’ordre bénédictin. Les moines y suivent la règle bénédictine, autrement dit de saint Benoît. En résumé, elle répartit la vie monastique en trois activités :

  • Le service divin par la prière et le chant, à raison de 8 offices par jour
  • La méditation des textes sacrés
  • Le travail manuel

Imprécise sur certains chapitres, cette règle est interprétée différemment par des groupes de religieux d’où la formation de sous-ordres comme les clunisiens et les cisterciens. Mais tous relèvent de la grande famille des bénédictins.

Clé 2 : comprendre les variantes de monastères

Quel intérêt pour vous de connaître l’ordre auquel appartient le monastère ? Cela a des conséquences sur son architecture. Quelques exemples :

  • Les monastères de l’ordre cistercien choisissent des formes simples pour leurs bâtiments et les dépouillent de toute ornementation. Les détails ici.
  • Ne cherchez pas de dortoir dans les monastères chartreux, car les moines, à moitié ermites, vivent dans des cellules individuelles.
  • Chez les grandmontains et les cisterciens, attendez-vous à trouver, en plus des bâtiments monastiques traditionnels, une aile dédiée aux convers. Ces frères, d’un rang inférieur aux moines, se consacraient aux travaux manuels et domestiques de la communauté, comme la culture des terres.   
  • Dans l’ordre bénédictin, la règle impose de prendre en charge les pauvres, les malades et les voyageurs. En conséquence, l’enceinte monastique intègre souvent une hôtellerie et une infirmerie. D’autant plus si l’établissement se trouve sur un chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Le niveau de confort et de nourriture ne vaut pas un hôtel 3 étoiles, mais au moins c’est gratuit.

Clé 3 : s’intéresser au site d’implantation

Notre cerveau nous joue des tours. On imagine toujours le monastère édifié à l’écart du monde. Ce n’est pas du tout systématique, sauf chez les Cisterciens. Ces derniers cherchent la solitude. Ils aiment occuper des « déserts » humains, comme des forêts ou les fonds de vallées.

Sinon, beaucoup de monastères sont situés en ville ou à leur porte. Saint-Denis, Saint-Rémi de Reims, Saint-Étienne de Caen sont enchâssés dans le tissu urbain.

Abbaye prémontré de Saint-Martin-de-Laon
Abbaye prémontré de Saint-Martin-de-Laon (Aisne). Un site en bordure de ville.

Quand bien même les fondations religieuses sont édifiées en campagne, elles attirent rapidement une population de paysans, d’artisans et de marchands qui viennent s’installer. Un bourg naît en quelques dizaines d’années. Ainsi a démarré l’histoire de communes comme Saint-Omer, la Charité-sur-Loire, Cluny, Paray-le-Monial, Saint-Gilles-du-Gard, Saint-Guilhem-le-Désert…

Notez l’environnement du site d’implantation : rural, semi-rural, urbain.

Clé 4 : se repérer dans le monastère

Si vous êtes perdus entre les différentes familles de moines (bénédictins, trappistes, cisterciens…), vous le serez beaucoup moins devant l’organisation spatiale de leur monastère. Plus que les châteaux forts, les établissements religieux obéissent à un plan rigoureux. En général, les bâtiments principaux, le carré monastique, s’assemblent autour d’un cloître, en suivant plus ou moins les axes d’une grille perpendiculaire.

abbaye de Noirlac
Plan de l’abbaye de Noirlac (Cher). Les bâtiments monastiques s’ordonnent autour du cloître (Dessin de Lucien Roy, 1912, Wikimedia Commons)

Une fois franchie la porterie, vous devriez tomber sur :

  • L’église. À l’intérieur, les moines célèbrent les offices liturgiques qui rythment leur journée et une partie de leur nuit. Ce sont des moments de prières collectives. Distinguez dans le chœur de l’église l’espace réservé aux moines et interdit aux laïcs. Délimité par une clôture, il contient les stalles, les sièges en bois des religieux.
  • Le cloître. De plan carré, cet espace ouvert sur le ciel est entouré d’une galerie sous arcades. Admirez le rythme des colonnes et éventuellement les sculptures des chapiteaux. C’est l’endroit idéal pour faire une pause. Prêtez attention à son orientation : il est généralement accolé au sud de l’église. Dans le cas contraire, la masse de l’église lui apporte une ombre malvenue en hiver.
  • Le dortoir. « Les moines dormiront vêtus, afin d’être toujours prêts […] Au signal donné, ils se lèveront sans retard et s’empresseront de se devancer les unes les autres pour se rendre à l’opus dei », détaille la règle bénédictine. Vérifiez lors de votre visite que le dortoir est bien accolé à l’église : les moines marcheront d’autant plus vite à l’office pendant la nuit.
  • Le réfectoire. Les moines y mangent en silence, pendant qu’un des leurs lit la Bible ou un autre ouvrage pieux pendant le repas. Repérez la chaire où se tenait ce lecteur : elle peut être creusée dans l’épaisseur du mur. Dans la paroi, cherchez aussi un trou qui communique avec la cuisine : c’est le passe-plat.
  • La salle capitulaire. Les moines s’y réunissaient chaque matin, pour entendre notamment un chapitre de leur règle. Puisque toute la communauté est rassemblée, l’abbé ou le prieur en profitent pour traiter des affaires du monastère. L’édifice reçoit généralement une architecture soignée. Ne le ratez pas. Vous le distinguerez d’autant plus facilement qu’il est très ouvert sur le cloître à la différence des réfectoires, dortoirs et cuisines.
  • Le logis abbatial. On en trouve dans les abbayes où l’abbé souhaitait s’isoler de ses moines. D’où des rumeurs parmi la communauté. Que faisait-il la nuit ? Était-il vraiment seul ?
abbaye saint-georges de Boscherville
La salle capitulaire de l’abbaye Saint-Georges de Boscherville (Seine-Maritime) ouvre sur le cloître par des arcades romanes abondamment sculptées

Clé 5 : ne pas négliger les bâtiments et installations économiques

On oublie qu’en plus d’être un centre de prières, le monastère est un site de production. Saint Benoît le souligne dans sa règle : « on y trouve toutes les choses nécessaires, c’est-à-dire l’eau, un moulin, un jardin, une boulangerie et les divers métiers qui s’exercent à l’intérieur, en sorte que les moines n’aient aucune nécessité de courir au-dehors, ce qui n’est aucunement avantageux à leurs âmes ». Autarcie, voici le maître mot.

Et encore saint Benoît n’est pas exhaustif. Un monastère a besoin aussi de :

  • bâtir une grange pour conserver les récoltes,
  • élever un pressoir pour produire du vin ou du cidre. C’est toujours utile pour la messe (le vin, pas le cidre)
  • creuser des viviers pour pêcher du poisson les jours de carême…

Au XIIe siècle, les moines cisterciens de Fontenay ont même monté une forge dans l’enceinte de leur monastère. Ils y fabriquaient du fer pour leur propre usage, mais en vendaient aussi. Une application originale de la règle bénédictine qui encourageait le travail manuel.

Dans votre visite, repérez ces bâtiments économiques, qui se situent à l’écart du cloître. Voyez comment les religieux ont aménagé leur environnement en défrichant les alentours, en canalisant la rivière, en créant des étangs…

Clé 6 : jongler entre roman, gothique et classique

Dans un monastère, l’église est généralement le bâtiment le plus ancien, celui que les moines se sont attachés à préserver. Malheureusement, quand la Révolution a chassé les religieux, les nouveaux propriétaires des monastères se sont souvent acharnés à abattre cet édifice difficilement convertible. À moins qu’il ne se soit éboulé tout seul, faute d’entretien. Aujourd’hui, il n’en reste fréquemment que les fondations.

Vous devrez alors vous consoler avec les autres bâtiments. Les plus beaux contiennent des salles voûtées. Différenciez les voûtes romanes (semi-circulaires) des voûtes gothiques (sur croisées d’ogives).

Abbaye de Maubuisson
Salle de l’abbaye de Maubuisson (Val-d’Oise). La voûte est scandée de croisées d’ogives qui reposent notamment sur une colonne centrale. C’est beau, non ?

Prenez cependant conscience que monastère ne rime pas toujours avec Moyen Âge. Au XVIIe et XVIIIe siècle, des moines « nouvelle génération » (notamment les moines de la congrégation de Saint-Maur) ont repris en main de nombreuses abbayes françaises. Ce changement d’occupants s’est traduit par la reconstruction de certaines parties collectives comme le dortoir. Abandonnant les styles romans ou gothiques, les nouveaux bâtiments adoptent l’architecture de leur époque, en l’occurrence classique.

Si vous ne vous sentez pas à l’aise pour distinguer les styles, téléchargez le guide ci-dessous et emportez-le dans votre prochaine visite de monastère.  

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2 Responses

  1. christine COGNIEZ dit :

    Laurent, bravo pour ce nouveau guide ! simple, concis, facile à retenir, super pour commencer à s’y retrouver.
    merci ! et à bientôt…. pour un nouveau guide ? ou bien un approfondissement ?
    christine Cogniez

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