Les béguinages : ni couvent, ni monastère

Présents surtout en Belgique et au Pays-Bas, les béguinages étaient des communautés semi-religieuses de femmes. Elles vivaient dans des ensembles architecturaux regroupant généralement des maisons particulières.

L’article suivant est présenté sous la forme d’un dialogue fictif entre Laurent et sa compagne Lucie. Toute ressemblance avec des personnages réels, notamment avec l’auteur de ce site, n’est pas totalement fortuite 🙂

béguinage bruges
Le béguinage de Bruges, fondé au XIIIe siècle. Une ville dans la ville. Photo de Benjamin Straub sur Flick.com. Licence CC

Lucie : Hier, j’ai vu un reportage sur les béguinages. Je suis un peu perdu. Les béguinages, ce sont des couvents ?

Laurent : Pas exactement. A la suite de l’historien Michel de Waha, je décrirais cela comme des maisons de retraite pour femmes célibataires ou veuves. Mais prends le mot “retraite” au sens large. Il n’y habitait pas que des vieilles femmes. A 12 ans, on pouvait entrer dans un béguinage.

Lucie : Tu m’avais parlé qu’il ne fallait pas confondre les monastères, les abbayes et les couvents. Les béguinages, tu les mets dans quelle catégorie ?

Laurent : Je rapproche les béguinages des couvents. Mais ce n’est pas exactement ça. Les femmes qui s’y retirent, les béguines, mènent une vie plus libre que dans un couvent. Elles ont un statut à cheval entre une religieuse et une laïque.

Lucie : Ah oui, les béguines ! Ca me rappelle Marc Lavoine.

Laurent : ?????

Lucie : Bah oui, la chanson : “Pour une biguine avec toi, envie d’une biguine avec toi…”

Laurent : ?????

Lucie : Pff, aucune oreille musicale chez toi. Sinon, les béguines, c’est un peu comme des nonnes…

Laurent : Attends : faut que je me remette de ta digression “variétés françaises”. Les béguines ne sont pas des nonnes. Certes, les béguines mènent une vie pieuse et simple. En même temps, elles ne subissent pas toutes les contraintes d’une vie en monastère ou en couvent : la vie en communauté, des prières à intervalle régulier, la soumission à une abbesse, l’obligation de rester cloîtrée jusqu’à la fin de leur vie…

portrait femme
Portrait d’une jeune femme, par Rogier Van der Weyden, XVe siècle, Gemäldegalerie à Berlin

Au sein du béguinage, une béguine possède son appartement ou sa maison. Elle a le droit de posséder des biens propres alors que dans un monastère, la moniale renonce à ses biens et laisse la communauté l’entretenir. Astreinte à la chasteté, la béguine peut néanmoins quitter le béguinage par exemple pour se marier.

Lucie : Cool, la vie d’une béguine !

Laurent : Cette vie t’attire ? Trop tard. La dernière béguine est morte il y a une dizaine d’années. Deuxième nuance : en l’absence d’une communauté qui l’entretient, la béguine doit subvenir elle-même à ses besoins : elle gagne un peu d’argent en cousant, en filant, en soignant les malades, en éduquant des enfants…

Lucie : Bref, comme une femme d’aujourd’hui. Les béguinages sont-ils aussi vieux que les monastères ?

Laurent : Non, les premiers béguinages apparaissent à la fin du XIIe siècle. A un moment où les femmes pieuses recherchent une autre voie que s’enfermer au monastère pour vivre leur foi chrétienne.

Ne pense pas tomber sur des béguinages anciens. Leurs bâtiments ont généralement disparu, reconstruits au XVIIe siècle.

Lucie : Tu ne m’as jamais emmené voir un béguinage… Où en voit-on ?

Laurent : Il y avait des béguinages un peu partout en Europe, quelques uns en France, à Paris, à Douai ou à Strasbourg, mais ils se multiplièrent dans l’actuel Belgique et Pays-Bas. Ainsi que dans la Rhénanie allemande. C’est pourquoi la plupart des Français ne connaissent pas les béguinages.

Par contre, en Belgique, ce sont des institutions bien plus connues. 13 béguinages sont inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Lucie : Ah oui, et à quoi ça ressemble un béguinage ? C’est comme un monastère, avec son église, son dortoir, son réfectoire ?

Laurent : Les plus emblématiques sont les béguinages à cour. Autour d’une cour, où était autrefois implantée une église ou un hôpital, s’alignent des maisons particulières uniformes. Un mur d’enceinte clôt parfois l’ensemble. Ainsi isolé, les béguinages forment un village au sein de la ville.

Béguignage amsterdam
Béguinage à cour d’Amsterdam. photo de Christian Grélard sur Flickr.com. Licence CC

Il n’y a pas de dortoir, de réfectoire car comme je l’ai dit, mais tu n’écoutes pas, les béguines ne vivent pas en communauté mais chacune dans leur maison.

Lucie : Et toi, mon chéri, écoute un peu du Marc Lavoine… Ca te changera du chant grégorien.

En savoir plus

  • Un roman prend pour cadre les béguinages : Aline Kiner, La nuit des béguines, Liana Lévi, 2018
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6 Responses

  1. Françoise dit :

    Cet article tombe à point : j’ai l’occasion d’aller à Bruges cet automne.
    La dernière béguine est morte, il n’y a pas si longtemps. Pourquoi était-elle la dernière ? Manque d’aspirantes ? Décision d’une hiérarchie religieuse ? Qui avait construit les beguinages ? D’où venaient les fonds ?

  2. Paul Claes dit :

    Merci Laurent,
    Bonne et originale introduction à cette institution.
    Trois petites ajoutes:
    – Il y avait aussi un équivalent pour les hommes: le “bogards”.
    – Elles faisaient des voeux de chasteté et d’obéissance, mais renouvellables, le plus souvent annuellement.
    – La dernière beguine est morte en 2013, à Courtrai (Belgique) à l’âge de 92 ans.

    L’institution est intéressante à plus d’un point de vue, historique, architectural et religieux. Dans les années ’80 du siècle passé a eu lieu une année (internationale) des béguinages.
    Le sujet est inépuisable.
    Encore merci.

  3. André Laeremans dit :

    bonjour Laurent, bon reportage et qui cadre bien la spécificité des béguinages….. je t’ai retrouvé un article sur la dernière béguine (Marcella Pattyn)
    https://www.cathobel.be/2013/04/15/deces-de-la-derniere-beguine/
    bonne continuation

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