Guédelon : bâtir un château fort au XXIe siècle

Comment construit-on un château fort ? Mieux que se plonger dans les livres, allez visiter Guédelon, en Bourgogne, pour le comprendre. Depuis une vingtaine d’années, des passionnés bâtissent un château en essayant de copier les techniques du Moyen Âge. Le rêve devient réalité.

Le château de Guédelon

Le château de Guédelon. Etat à l’été 2018. La courtine est surmontée de créneaux mais les tours d’angles ne sont pas encore terminées (photo de Jean-Luc Hébert sur Flickr.com. Licence creative commons).

Le dialogue suivant est fictif, mais toute ressemblance avec des personnes ou des situations réelles n’est pas totalement fortuite

Laurent : Ce week-end, ma chère Lucie, je t’emmène en Bourgogne visiter le château de Guédelon.

Lucie : Je vois bien. C’est un peu comme le Puy-du-Fou. Ils font de la reconstitution historique sauf que le cadre est un château fort.

Laurent : Je m’étrangle !!! Comparer le Puy-du-Fou à Guédelon, c’est comme dire que le Mont-Saint-Michel ressemble à Eurodisney. Guédelon, ce n’est pas un lieu de spectacle où sont reconstituées des scènes pseudo-historiques. Là, c’est du sérieux. Depuis 1997, une équipe bâtit un véritable château fort en employant les techniques, les outils et les matériaux de l’époque.

Lucie : Qui est derrière ce projet fou ?

Laurent : c’est une initiative privée. Michel Guyot, le propriétaire du château voisin de Saint-Fargeau, a lancé ce défi puis a trouvé des passionnés prêts à embarquer dans l’aventure. Aujourd’hui, Guédelon est gérée par une société commerciale. Les bénéfices sont réinjectés dans le projet.

Lucie : Guédelon est-il la copie d’un château fort existant ?

Laurent : Jacques Moulin, un architecte en chef des monuments historiques, a dessiné le château. C’est donc une œuvre originale même si elle s’inspire des constructions militaires de la première moitié du XIIIe siècle. Elle reprend notamment les caractéristiques de l’architecture philippienne.

Lucie : Philippienne ?

Laurent : Oui, en référence à Philippe Auguste, le roi de France, qui a construit à travers ses domaines une multitude de châteaux standardisés. Leur plan se résume généralement à un quadrilatère. Aux angles se placent des tours rondes et percées d’archères. Guédelon reproduit ce schéma.

Lucie : Comment peut-on travailler comme au Moyen Âge ? Ce savoir-faire a disparu…

Laurent : On peut déjà reprendre les outils d’époque. Regarde les enluminures dans les manuscrits. Des chantiers de construction d’églises ou de châteaux sont parfois peints. On y aperçoit les tailleurs de pierre ou les charpentiers manier leurs outils. D’ailleurs, certains n’ont pas changé. La truelle du maçon existait déjà au Moyen Âge. Une autre source d’inspiration, ce sont aussi des artisans actuels qui travaillent encore à l’ancienne. Leurs conseils aident à construire Guédelon.

Chantier de construction au Moyen Âge

A gauche, des artisans élèvent une tour. Les tailleurs de pierre utilisent un taillant droit, les maçons une truelle et un fil à plomb. Enluminure des Grandes Chroniques de France, manuscrit, Français 10135, 1370-1375, Bibliothèque nationale de France.

Enfin, il y a du pragmatisme chez les bâtisseurs de Guédelon. Que ce soit dans la cuisson des tuiles, dans la fabrication du mortier, dans la pose d’une voûte, ils font, ils se trompent parfois, ils améliorent. Par exemple, le tuilier s’est rendu compte que si la lueur de son four virait au blanc, les tuiles allaient être trop cuites. Depuis, il fait en sorte de conserver une lueur orange pendant toute la durée de la cuisson. C’est une vraie démarche d’archéologie expérimentale. Les archéologues et les historiens suivent d’ailleurs de près le travail pour vérifier concrètement leurs hypothèses de construction.

Lucie : Je ne savais pas que tu étais devenu un expert en fabrication de tuile. Puisque tu te révèles manuel, quand me montes-tu le dressing de notre chambre ?

Laurent : Bah, pas ce week-end. On file en Bourgogne.

Lucie : J’espère que cette visite te donnera quelques ficelles dans le montage de meubles. Je suppose qu’à Guédelon, on peut voir une foule d’artisans au travail. De quoi t’inspirer…

Laurent : C’est le principal intérêt de Guédelon : un chantier pédagogique. Les visiteurs peuvent regarder travailler la dizaine de corps de métier nécessaires à la construction du château.

Lucie. Une dizaine ! Je pense aux maçons, aux tailleurs de pierre, et aux charpentiers. On a parlé du tuilier. Mais qui ai-je oublié ?

Laurent : Tu verras le travail du carrier dans la carrière, du charretier qui transporte les matériaux de construction. Ajoutons le forgeron indispensable pour réparer les outils des tailleurs ou des maçons. Enfin, impossible de bâtir sans un chaufournier. C’est lui qui fabrique la chaux, matière première des enduits et du mortier, la « colle » entre les pierres. Tu découvriras les autres corps de métier sur place. J’ai déjà écrit sur les étapes qu’une pierre subissait de la carrière à sa pose sur le chantier. J’ai aussi interviewé un tailleur et des sculpteurs.

tuilier de Guédelon

A Guédelon, le tuilier fabrique aussi bien les tuiles des couvertures que les pavés du carrelage. (Photo de GK Sens-Yonne, sur Flickr.com. Licence creative commons)

Lucie : tu dis que le chantier du château a commencé en 1997. Quand la fin est-elle prévue ?

Laurent : En 2023.

Lucie : Environ 25 ans de construction, donc. Est-ce beaucoup ? Mettait-on autant de temps au Moyen Âge pour construire un château fort ?

Laurent : En Normandie, Richard Cœur de Lion a bâti Château-Gaillard en 2 ans. En fait, la durée du chantier dépend principalement des moyens humains, matériels et financiers que le commanditaire lui attribue. Dans le cas de Guédelon, le scénario imaginé par les concepteurs est celui d’une résidence fondée par un seigneur modeste, vassal du roi de France, dans la première moitié du XIIIe siècle. Une construction rapide est donc inenvisageable.

Lucie : puisqu’on parle d’argent, qui finance Guédelon ?

Laurent : Au départ, le chantier fut en partie financé par des mécènes, notamment de grandes entreprises. Mais aujourd’hui, Guédelon a tellement de succès que les recettes de la billetterie, les boutiques et le restaurant du site suffisent au financement des matériaux et des bâtisseurs. Le château reçoit environ 300 000 visiteurs par an. Avec nous, ce sera peut-être un nouveau record.

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2 Responses

  1. Flore dit :

    Je suis contente que tu parles de Guédelon, Laurent! 🙂 J’y suis allée plusieurs fois et c’est toujours un plaisir de constater l’avancée des travaux!

    Je conseille de prendre la visite guidée pour avoir plein d’explications sur le projet et sur le bâtiment. C’est adapté pour les enfants car, en général, les guides choisissent une fille qui joue le rôle de la princesse prisonnière et un garçon celui du sauveur puis ils indiquent tous les pièges qui vont compliquer les choses. En plus, il y a un petit village avec des animaux de la ferme qui ont beaucoup de succès auprès des plus jeunes! 😉

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