Déchiffrer cinq symboles courants dans les églises romanes

Les églises romanes sont souvent sculptées de personnages, d’animaux et de formes incompréhensibles aujourd’hui. À travers cinq exemples, nous allons essayer d’éclairer leur signification. 

À l’entrée des églises romanes ou au-dessus des colonnes, des personnages et des animaux peuplent les parties sculptées. En ce XXIe siècle, leur sens nous échappe généralement. Tout au plus, reconnaissons-nous ici une femme, ici un moine, là des lions ou des sirènes. Quelle est leur identification exacte ? Que symbolise-t-il ? Les cinq exemples suivants sont courants et devraient vous aider à mieux lire les images des églises romanes, mais aussi gothiques.

Le symbole de l’amande

Portail central de la cathédrale d'Autun

Inséré dans une amande appelée mandorle, le Christ, au centre, accueille le visiteur. Tympan du portail central de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun (Saône-et-Loire). Scène du Jugement dernier (Wikimedia Commons).

Quand un personnage s’inscrit à l’intérieur d’une amande, on appelle cette forme une mandorle. À ne pas confondre avec le nimbe, cercle qui enveloppe uniquement la tête. Cependant, les deux formes revêtent à peu près la même signification. On a affaire à des personnages saints. La mandorle enferme généralement le Christ, Marie ou un grand saint.

C’est un moyen de figurer comme un halo de lumière autour d’eux. Manifestation du rayonnement des personnages divins ou célestes.

Dans d’autres contextes religieux ou mythologiques, l’amande rappelle la forme d’un œuf (qui renvoie à la création, à l’origine, à la fécondité) ou la forme d’un sexe féminin (qui renvoie à peu près à la même chose, à la naissance). L’étude des symboles peut nous emmener loin. Un peu trop parfois.

Le moine et la femme

La femme et le moine

Le diable met sur le chemin de saint Benoît une femme. Chapiteau de l’abbaye de Vézelay.

C’est le genre d’association que l’on devine incompatible. Dans cette situation, la femme symbolise la tentation du plaisir charnel (jamais l’homme bien sûr qui est un être parfait 🙂 ). Le plaisir charnel, le péché des péchés pour un moine qui fait vœu de chasteté.

Il faut généralement voir saint Benoît dans le rôle du religieux. Et ce en référence à un épisode piquant de sa vie :

Benoît est alors un jeune ermite qui vit dans une grotte au cœur de l’Italie. Pour l’éprouver, le diable lui amène une femme. Benoît la reconnaît immédiatement : sa beauté lui était restée en mémoire. Cette soudaine apparition éveille en lui un feu de désir au point que le jeune homme envisage de renoncer à sa vie d’ermite pour cette femme. Benoît sent toutefois le péril. Vite il se déshabille, et se jette dans un fourré épais de ronces et d’orties. La brûlure est telle que son amour naissant s’éteint. Il ne succombera plus jamais à la volupté.

Les démons

Démon roman

Ce démon écarte sa bouche comme pour nous tirer la langue. Cette facétieuse sculpture se trouve dans l’abbatiale de Vézelay (Yonne).

Ils sont partout au point qu’on doit en conclure que les chrétiens de l’époque romane (Xe-XIIe siècles) en étaient obsédés. Pour ces gens, le démon est en effet un personnage familier, sans qu’il apparaisse nécessairement sous une forme humaine. En permanence, il excite nos vices et nos passions : l’envie, la colère, le vol, l’orgueil…

La profusion d’images démoniaques dans ou à l’extérieur d’une église rappelle que l’existence sur Terre se vit comme une constante lutte contre Satan et la tentation. Le diable ne nous laisse aucun repos. Au-dessus d’une colonne, chaque chapiteau où il apparaît est donc comme une mise en garde et un appel à la vigilance.

Les démons peuplent aussi les tympans, c’est-à-dire les grandes zones sculptées au-dessus des portes des églises. Dans les scènes du Jugement dernier, ils se font un malin plaisir de tourmenter les damnés condamnés à l’Enfer éternel. Les malheureux sont embrochés, dévorés, jetés au feu. Certains mijotent dans une marmite bouillonnante. Pas sûr que le site Marmiton valide la recette. En tout cas, repérez ces scènes à la fois effrayantes et humoristiques (pour peu qu’on ne croit pas à l’Enfer).

Ce sera d’autant plus facile que les démons vous feront de l’œil : vous remarquerez à coup sûr ces êtres difformes, grimaçants, et contorsionnés. Une attitude à l’opposé des personnages saints, reconnaissables à leurs traits réguliers et à leur port droit.

Un homme au milieu des lions

Daniel dans la fosse aux lions

Daniel cerné par les lions. Si vous avez bien lu le début de l’article, vous devriez vous exclamer : “Mais Daniel se trouve à l’intérieur d’une mandorle !” Bien vu. Encore un chapiteau de Vézelay.

Ce personnage courageux représente le prophète Daniel. Sa vie est racontée dans un livre de l’Ancien Testament. Le juif Daniel vit à la cour du roi de Babylone. Sur dénonciation, il est condamné à être jeté dans une fosse aux lions pour avoir enfreint un ordre royal. Les animaux, affamés, s’approchent, mais Daniel leur tourne le dos et prie Dieu. Miraculeusement, les félins ne le dévorent pas ; certains osent même lui lécher les pieds. Témoin de la scène, le roi en vient à retirer Daniel de la fosse et à lui restituer sa place à la cour.

Daniel symbolise la foi, cette croyance en Dieu, malgré l’adversité. Alors que dans la fosse beaucoup auraient été accaparés par la présence des lions, le condamné s’en remit à Dieu, confiant dans sa protection.

Le symbole de la sirène

Sirènes sur chapiteau

Deux sirènes soucieuses de leur chevelure. Eglise-abbatiale d’Airvault, Deux-Sèvres (Martin sur Flickr.com, licence creative commons).

Mi-femme, mi-poisson, les sirènes apparaissent dans l’Odyssée. Ce mythe grec raconte notamment comment le héros Ulysse résiste à leur chant alors que les autres marins se retrouvent attirés dans les flots ou vers les récifs à cause de leurs voix.

Comment ne pas être frappé par la permanence de ce récit d’Homère jusqu’au milieu du Moyen Âge, soit près de 20 siècles plus tard ? Une explication : les sirènes existent aussi dans la mythologie celtique. En France, ces créatures sont donc le fruit d’une rencontre entre les cultures méditerranéenne et atlantique.

De cette tradition grecque, elles héritent d’un caractère maléfique. L’Église voit en elles des séductrices (encore une fois !) et le symbole de la luxure.

Au Moyen Âge, les gens croyaient à leur existence. Des marins affirmaient en avoir vu dans la Manche ou aux alentours du détroit de Gibraltar. Les clercs débattaient d’ailleurs sur la question de savoir si ces créatures, à la limite de l’animalité et de l’humanité, ne méritaient pas d’être sauvées par Dieu, comme les hommes normaux.

Partez dès maintenant à la pêche aux sirènes dans les églises. Avec un peu de chance, vous trouverez peut-être les spécimens les plus étranges : à double queue ou recouverts de plumes.

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2 Responses

  1. FONT dit :

    Bravo ! Tout simplement ! Et surtout, continuez !

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